2016年1月:一覧

Pressentiment sur une fin : Sur Venise dans Corinne (article japonais), "Literature and Gender, Women's Studies Center, Osaka Prefecture University, pp.15-29, 2015

 

Nous étudierons d'abord les sujets de Corinne ou l'Italie publié par Mme de Staël en 1807.  Puis nous nous pencherons sur l'épisode de Venise, point culminant de la seconde moitié du roman, et dernière épisode de l'idylle italienne.

C'est en 1805 que Mme de Staël visita Venise, qui était déjà sous occupation autrichienne.  La même année, Napoléon fut couronné roi de Rome, et l'on vit son pouvoir s'étendre sur toute l'Italie.  La Mme de Staël de 1805 s'était renseignée auprès d'allemands qui connaissaient bien l'Italie, afin de compléter ses propres connaissances sur ce pays.  Elle était donc dans une situation où elle pouvait juger de manière suffisamment lucide le passé récent de l'Italie.  L'année 1795 est celle où bien des Italiens commencèrent à entendre prononcer le nom du Général Bonaparte et, pour la République de Venise, c'était une année où l'on menait encore une vie tranquille, alors que les présages d'un effondrement dans les deux ans apparaissaient.  Non seulement point de rencontre entre nord et sud, la Venise de 1795 était le lieu où se rencontraient l'est et l'ouest, se situant littéralement sur la frontière entre terre et mer.  Dans Corinne, cette ville correspondait donc mieux que Rome, Naples, ou Florence, comme lieu de séparation pour les amants ainsi que comme lieu de pressentiment d'une fin proche.  Enfin, Venise était aussi la ville qui convenait le mieux à Mme de Staël pour faire part de ses considérations sur la république, et développer ses idées sur la situation du peuple et des femmes.

Lecture de Corinne de Mme de Staël au XXIe siècle 

 

     Corinne, riche d'images et de symboles, nous permet des lectures et interprétations variés.  Nous étudierons des problématiques liés à la  « nationalité » ainsi qu'aux rencontres entre cultures différentes.

     C'est lors de la révolution française et des guerres napoléoniennes, que l'on voit naître le concept moderne de nationalité.  Au début du XIXe siècle il n'y avait pas encore de "passeport" comme aujourd'hui, mais les gens voyaient grandir les mérites ou les inconvénients selon l'appartenance à un pays ou à un autre sur les documents officiels.  L'on commença alors à s'intéresser aux différences de caractère « nationale » entre, par exemple, italien, français, anglais...  Cela fut une des raisons de l'apparition d'un certain goût pour l'exotisme, l'une des caractéristiques des romantiques, et que l'on peut retrouver dans ce roman.

     Souvent, cet ouvrage de Mme de Staël est placé parmi les premiers romans féministes dans l'histoire de la littérature française.  Mais, si l'on définit « féministe » comme « celui qui accuse la situation injuste où les femmes se trouvent, et qui demande un droit égal pour celles-ci et les hommes », Corinne n'est pas tout à fait dans cette lignée. Ce qui fit le malheur de l'héroïne fut qu'elle aima Oswald qui réunissait « toutes les qualités qui font aimer, sans posséder celles qui promettent le bonheur », et qui, appartenant à une culture différente, choisit de ne pas en sortir.  Il nous faudrait donc plutôt considérer ce roman en tant que tragédie causée par la rencontre et le conflit entre deux cultures différentes, plutôt que comme une tragédie causée par la situation des femmes et le concept de féminité à cette époque.

 

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